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Yvonne PARAF (1902-1981)

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Yvonne Paraf naît le 20 février 1902 à Paris, six jours avant la naissance de Jean Bruller.

Ils deviennent amis dès l’enfance et, dans son Historique des Editions de Minuit, Jacques Debû-Bridel ne peut s’empêcher de rappeler une anecdote : « Ils ont joué et chanté ensemble, à 10 ans, les comédies de Dalcroze ». Adolescents, ils restent très proches; ils se rendent ensemble en vacances à Saint Cargues. Dans La Bataille du Silence, Vercors se souvient qu’Yvonne commence à le séduire uniquement par coquetterie et elle le lui avoue rapidement. Jean Bruller conclut des années plus tard :

« j’avais un temps vainement nourri pour elle, dans mon adolescence, de tendres sentiments, bientôt consolidés plus sérieusement en amitié durable ».

Cependant, sur le moment, par dépit tout autant que par jeu, Jean Bruller dessine un amoureux transi qui se suicide par déception ; Yvonne poursuit le jeu :

« je m’amusais à dessiner […] un amoureux transi qui se fait sauter la cervelle. […] elle dessina un homme, droit comme un I de rigidité cadavérique, tombé le nez sur un poêle entouré de fumée. Je dessinai un homme qui se noie, comme Poil de Carotte, la tête dans un seau d’eau. Elle dessina un homme qui se jette, bille en tête, du haut d’un cinquième étage. Je dessinai un homme qui passe, tout aplati, dans les rouleaux d’un laminoir ».

En 1926, cette « suite de dessins fantaisistes exécutés en amateur quelques années plus tôt » deviendra le premier album de Jean Bruller sous le titre des 21 Recettes pratiques de mort violente.

Jeune adulte, Yvonne travaille dans une maison franco-britannique qui gère les mines de Diélette, mais la guerre bouleverse son destin. Horrifiée par l’Occupation, elle demande à son ami d’enfance de faire appel à elle au cas où il déciderait d’entrer en Résistance :

«  Jean, si un jour vous faites quelque chose…vous voyez ce que je veux dire…ne manquez pas de penser à moi ».

C’est donc tout naturellement vers elle qu’il se tourne quand il crée avec Pierre de Lescure les Editions de Minuit. Sans l’ombre d’une hésitation, Yvonne accepte non seulement que son appartement soit le lieu de centralisation des ouvrages publiés, mais elle se met aussi au service de cette maison d’éditions clandestines en apprenant le brochage avec plusieurs compagnes dont sa propre sœur Suzanne. Elle devient ainsi la fidèle « cheville ouvrière » des Editions de Minuit.

Lors de la parution du Silence de la Mer, Yvonne reconnaît d’emblée que ce mystérieux Vercors ne peut être que Jean Bruller. Vercors relate dans sa Bataille du Silence une anecdote à ce propos : Yvonne sait qu’il s’agit de son ami dès la première page à cause d’une faute d’orthographe sur le mot « dégingandé » qu’il écrit habituellement avec un « u ». Voulant garder l’anonymat par mesure de prudence, Jean Bruller lui affirme alors qu’il pensait à une faute du typographe qu’il a corrigée instantanément !

Bravant le danger, elle n’hésite pas à aller chercher elle-même les manuscrits en zone sud : en août 1942, Yvonne fait passer A travers le désastre de Jacques Maritain vers la zone nord dans la doublure de sa trousse de voyage. L’Allemande chargée de la fouille dans le train ne remarquera rien et préfèrera s’arrêter sur la note d’hôtel d’Yvonne en la traitant de capitaliste parce qu’elle avait pris un bain à 8 francs. De même, au moment où elle entrepose chez elle les Chroniques interdites (ouvrage collectif dans lequel elle devient à son tour écrivain avec son essai L’Indignation), elle apprend que l’Abwehr a relevé tous les noms du personnel de son entreprise. Elle se réfugie alors avec ce qui sera le 3ème volume des Editions de Minuit chez son futur mari Léon Motchane qui va à son tour entrer dans cette aventure clandestine : il écrit ainsi La Pensée patiente sous le pseudonyme de Thimerais et améliore à l’automne 1943 le réseau de distribution avec des livraisons à domiciles grâce à deux auxiliaires, Simone Michot et Gilberte Chapuis. Contre l’avis de Jean Bruller, Yvonne se charge elle aussi de cette tâche en parcourant Paris sur son vélo. Au printemps 1943, elle abandonne totalement son emploi de secrétaire pour se vouer entièrement à cette activité clandestine. Cela aura également pour conséquence d’augmenter le nombre de volumes publiés par les Editions de Minuit.

Par ailleurs, elle participe aux réunions auxquelles Jean Bruller ne peut se rendre parfois. La première fois qu’elle remplace son ami en tant qu’éditeur qui s’est présenté à Jacques Debû-Bridel sous le pseudonyme de Desvignes, elle a ainsi la surprise d’être elle-même présentée par Eluard sous le nom de Madame Desvignes :

« par la suite, bien que Desvignes eût protesté qu’il était marié et père de famille, nous trouvâmes trop commode de parler entre nous de « M. et Mme Desvignes » […]. Ce nom, Yvonne devait d’ailleurs définitivement l’adopter » ( Historique des Editions de Minuit de Jacques Debû-Bridel).

Dès février 1943, elle représente aussi Jean Bruller aux réunions du CNE. Ce n’est qu’en 1953 qu’elle démissionnera de ce comité après les révélations des purges staliniennes.

A la Libération, cette femme dévouée devient directrice adjointe des Editions de Minuit. Vercors agit ainsi contre l’avis de Pierre de Lescure. Pierre et Yvonne ne se sont jamais appréciés et Lescure aurait souhaité la remplacer par sa compagne Célia Bertin au sein des Editions de Minuit désormais au grand jour.

Mais, dès 1948, elle quitte aussi son poste de directrice et ne s’occupe plus que  de la collection étrangère lorsque la troisième augmentation du capital permettant de sauver de la faillite les Editions de Minuit donne la majorité aux Lindon. Un an plus tard, elle démissionne quand la rupture est consommée entre Vercors et Jérôme Lindon (pour en savoir plus sur les Editions de Minuit à la Libération, allez sur la page consacrée à ce sujet).

Le 5 juin 1981, dans le journal Le Monde, Vercors rend une dernière fois hommage à cette « animatrice irremplaçable » qui s’est éteinte à l’âge de 79 ans. 

 

 

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